Concours Prix Jeune Ecrivain Francophone 2008

~ Francophonie & Amour ~

Je dois assister à la conférence sur la francophonie. C’étaient ses derniers mots avant qu’elle ne me quitte pour aller assister à une conférence sur la francophonie. J’étais perdu dans le désert de ses mots. Je sentais une vague de dépit déferler dans mes veines. Mon cœur, embarcation de mes sentiments, gîtait. Les flots des souvenirs amers s’agitaient et se déversaient sur lui. Le tourbillon de l’ineffable tournoyait et le happait pour le réprouver aussitôt. Il se retrouvait à la dérive. Les ondes de l’amertume en cinglaient les fibres, les meurtrissant, les lacérant, les lardant et les fendant. L’échouage au rivage de l’affliction était, toujours et comme toujours, aussi sinistre que douloureux. Elle me quittait ! Elle me quittait pour toujours ! Elle me quittait pour aller assister à une conférence sur la francophonie ! Je cognais sur les murs de ma raison pourrissante dont les exhalaisons m’étouffaient afin de retrouver mon bon sens, afin de savoir quoi faire. Que faire ? Telle est la question. Soyons méthodiques, veux-tu ? Avant tout, il fallait la retrouver. Par voie de conséquence, je devais assister, moi aussi, à cette conférence sur la francophonie.

J’avançais, avec grande peine, en un état d’asthénie totale. Je continuais d’avancer, sentant que mes jambes allaient devenir ankylosées. Je ne m’arrêtais pas d’avancer, sentant comme des épines dans mes veines, sentant le serpent du dépit me mordre le coeur jusqu’au sang. J’avançais encore, alors que je voulais hurler d’aigreur, de souffrance, d’ardeur. J’avançais toujours, témoin de mon propre dépérissement, obnubilé par l’exécration et le désarroi. Trouver la force est parfois tellement pénible. Or, j’allais marcher sans discontinuer jusqu’à arriver à la salle où se tenait la conférence.

J’y étais. La porte était fermée, ce qui voulait dire que la conférence avait débuté. En l’ouvrant, un air réfrigéré sortit de la salle me crispant la peau du visage. Les climatiseurs devaient être en marche. Le temps d’entrer, de fermer la porte derrière soi et de se trouver une place, il fallait daigner être suivi par des dizaines de regards. Tel a toujours été le sort des retardataires pendant les conférences. J’avais repéré une place vacante au fond dès mon entrée et je m’y rendais. Une voix masculine grave sortait des baffles placés un peu partout dans la salle :

« C’est en 1880 que le géographe français Onésime Reclus, tenu pour être l’inventeur du terme, employa le mot francophonie afin de désigner l’espace géographique où la langue française était parlée… »

 En chemin, je l’aperçus, je frémis, je blêmis. Je tremblais comme la dernière feuille d’un arbre mourant. Le regard furtif qu’elle m’avait accordé était chargé d’une promesse qui m’arrachait presque les larmes des yeux.

Je pris place.

« Des personnalités à l’instar de Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Hamani Diori du Niger et Habib Bourguiba de la Tunisie, pour ne citer qu’eux, voulurent regrouper les pays récemment indépendants afin d’entretenir la connexité avec la France… »

Je fixais ses longs cheveux blonds, ondulés. Tu sais, je t'aimais vraiment à mourir, tout comme les oiseaux aiment voler, tout comme les poissons aiment nager, et tu me condamnes à flétrir ? Tu sais, pouvoir t’oublier est ardu. Le vent doit oublier comment souffler et les ondes bleues comment déferler pour que je ne sois plus un morfondu. Mais où ma raison se va-t-elle égarer ?

« La CONFEMEN, la conférence des ministres de l’éducation nationale des pays ayant en commun l’usage du français, en 1960. Puis, l’AUPELF, l’association des universités entièrement ou partiellement de langue française, en 1961… »

 Les souvenances découlent dans ma tête. Elle, l’autre, la française, se séparait de moi, le tunisien, après une liaison qui dura plus de six mois, car de l’autre côté de la méditerranée, on ne pense pas tout à fait de la même manière que nous. Que n’aurait-elle pas dû m’ouvrir les yeux ! Elle me laissait seul et abandonné, abattu, à l’ennui livré. Elle ébranlait ma personnalité quand elle me dit que j’étais, comme la majorité des tunisiens, un hypocrite. Elle avait sans doute raison. Nous sommes un peuple qui a perdu ses traditions et s’est soumis à l’éthique occidentale. D’un côté, nous ne nous sentons pas très à l’aise avec nos nouvelles valeurs. De l’autre, nous ne pouvons plus revenir vers nos anciennes traditions. Dès lors, nous vivons dans la dissension. Au niveau du parler, tous les tunisiens croient fermement en l’égalité de la femme avec l’homme, en la liberté, en la tolérance et autres idéaux devenus universels. Au niveau de leurs vies pratiques, les écueils surviennent quand on veut attester de l’application de ces idéaux. Premièrement, voyons la façon dont se déroulent nos mariages ! Voyons la répartition des tâches entre l’homme et la femme au foyer ! Voyons comment les hommes traitent leurs femmes ainsi que leurs filles ! L’égalité des sexes est une chimère en Tunisie. Secondement, concernant la liberté, peut-on clamer en Tunisie le fait qu’on soit athée ou homosexuel ? Troisièmement, au sujet de la tolérance, on voit mal comment un peuple où il n’y a pas de minorités peut prétendre être tolérant. Qui devons-nous tolérer enfin ? Nous sommes entre nous. Voilà pourquoi elle m’avait traité d’hypocrite. Elle n’avait pas pu accepter le fait que je porte un masque, même si tous mes compatriotes en font autant. La conscience d’une telle vérité est douloureuse.

« La conférence de chefs d’état et de gouvernement des pays ayant en commun l’usage du français, se réunit en 1986 à Paris et à Versailles sous l’impulsion du président français François Mitterrand. Le Québec, exclu du sommet franco-africain de 1973, avait pu participer en tant que gouvernement participant notamment grâce au départ du premier ministre canadien Pierre Elliot Trudeau de la scène politique… »

L’homme qui était au micro parlait avec l’accent arabe. Il était laid. Il avait les cheveux gris. Il avait aussi le front large, dégarni et sillonné de rides. Ses sourcils broussailleux étaient de la même couleur que ses cheveux emmêlés. Ses yeux étaient cachés par des lunettes teintées qui chevauchaient son nez aussi retroussé que disgracieux. La bouche était lippue et les courbures de ses lèvres étaient en forme d’arcs. Il avait, d’ailleurs, le menton en galoche. Je ne savais combien de temps j’étais resté à le lorgner.

« La deuxième langue du monde sur le plan géopolitique est donc le français, langue qui permet le dialogue des cultures comme l’avait vu Stelio Farandjis, grand défenseur de l’idée francophone… »

Je languissais d’ennui. Je n’étais pas venu ici pour écouter le monologue d’un zouave faisant de la réclame à la France. De plus, je commençais à sombrer dans une sombre désespérance. Il me fallait admettre la funeste évidence. Tout était fini entre nous. Qu’espérais-je ? Qu’elle me donnerait une chance afin que je m’améliore ? Oh ! Cette vie sera un long et froid hiver sans toi, où suinteront l'exécration et le désarroi.

« Maintenant que la présentation historique est faite, je serais ravi de pouvoir répondre à vos questions, et j’espère que vous en avez beaucoup, car, comme je l’avais dis, cette réunion a pour but de débattre du sujet et non de vous faire un cours magistral comme vous en avez peut être l’habitude… »

Je n’aimais pas les exposés assommants. J’appréciais l’idée de consacrer plus de temps au débat. J’avais assisté auparavant à plusieurs conférences sur la francophonie. L’une parlait des écrivains d’expression française, une autre des apports positifs de la francophonie aux pays francophones. Tantôt des professeurs menaient le débat, tantôt des écrivains. Qu’elle était belle ! Ma bien-aimée prit la parole et dit de sa douce voix :

« Alors voilà, je suis française, je fais mon mastère en Histoire ici, en Tunisie. Tout d’abord, je voudrais faire une remarque personnelle : j’ai été très impressionnée dès mon arrivée par l’excellent niveau de français des tunisiens. Même l’épicier ou le chauffeur de taxi savent parler français ici et je trouve qu’il y a de quoi être fier. Ensuite, si je me souviens bien, vous parliez de la diversité des cultures dans le monde francophone comme d’un point fort. Ne pensez-vous pas qu’au contraire, ceci peut engendrer une communauté dont les membres seraient inconciliables tellement ils présentent des différences ? 

_ Je ne crois pas. Lui répondit fermement le conférencier. La diversité des cultures est bel et bien un point fort de la francophonie. Senghor a même parlé de la négritude comme une composante de la francophonie. Je pense que les obstacles peuvent être facilement amuïs grâce au dialogue, le dialogue des cultures, afin d’apporter un enrichissement à tous. Saint-Exupéry avait dit à ce sujet, je cite : Si tu diffères de moi, loin de me léser tu m’enrichis. »

Je ne savais ce qui m’aiguillonnait mais j’ai senti soudain un incoercible besoin d’intervenir dans le débat. Je levai la main. Puis, je parlai en ces mots :

« Je ne suis pas du tout de votre avis. En premier lieu, le monde anglophone ne manque pas de diversité et de négritude. En outre, il y a plus de villes cosmopolites dans le monde anglophone que dans le territoire francophone. En second lieu, je me permets de rassurer mademoiselle que la communauté francophone ne sera jamais une communauté inconciliable mais non grâce aux mêmes arguments de monsieur. Je pense que la diversité dont on parle est un mirage, car le point commun des pays francophones est d’être détachés de leurs cultures et de leurs traditions. Ce sont des pays dont la culture ne peut être découverte que dans les musées car dans les rues, on ne la voit plus. Dites-moi ce que vous trouvez de spécifiquement tunisien en vous baladant dans le centre ville ? La Franceest anti-ecclésiastique, et je vois que tous les pays francophones ont le même degré d’attachement à leurs religions respectives, à leurs cultures respectives. N’est ce pas une plate forme d’entente parfaite ? Par ailleurs, je crois que les avantages que nous tirons de la francophonie sont d’ordre économique et politique plus que culturel. La France en profite pour faire de bonnes affaires avec des pays pauvres tout en se laissant croire qu’elle est à la tête d’un empire qui résiste à son rival anglo-américain. C’est du néo-colonialisme ! »

Un silence pudique se fit.

« Monsieur, parla le conférencier, je trouve votre théorie sur l’attachement à la religion et aux valeurs dans les pays francophones fort intéressante, mais elle reste à vérifier. Mis à part cela, toute culture a le droit de défendre son identité. L’hégémonie du model anglo-américain menace réellement la diversité culturelle. La communauté francophone, ayant en commun la langue française, tend à préserver ses spécificités. Les avantages économiques suivent inévitablement et je n’y vois pas de problème.

_ Ma théorie repose sur une simple comparaison. Déclarai-je avec opiniâtreté. Le monde anglophone comporte surtout des pays à fort ascendant religieux tel que les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Arabie Saoudite. Pour le monde francophone, c’est tout à fait le contraire. Mis à part cela, si c’était la langue qui réunissait les pays et états francophones, que font des pays tels que la Bulgarie ou la Macédoine dans l’Organisation Internationale de la Francophonie ? Si la francophonie prônait la diversité et par conséquent le multilinguisme, qu’a-t-elle contre l’anglais ? Autant de contradictions qui prouvent qu’on ne sait toujours pas si l’on parle d’une réalité politique ou linguistique.

_ La Macédoine et la Bulgarie sont des états observateurs, ce sont des francophiles et non des francophones. Mais vous avez quand même raison sur certains points. La francophonie est une réalité pas aussi simple que cela. Ceci dit, je pense que parler de néo-colonialisme est excessif, récrimina-t-il. D’ailleurs, sachez que ce n’est pas la France qui avait cherché à réunir les pays francophones mais c’était eux qui le voulaient. La France avait d’abord répondu de façon ambiguë à ces demandes justement de peur d’être traitée de coloniale.

_ Onésime Reclus dont vous parliez tantôt, repartis-je, son ouvrage s’appelait France, Algérie et colonies. Voyez où le terme a été utilisé pour la première fois ! Le monde francophone est composé en majeure partie des anciennes colonies de la France. Mêmele côté culturel se résume à des médiathèques françaises implantées un peu partout dans le monde afin de diffuser les produits artistiques et la culture de la Franceailleurs.

_ Je pense que parler de colonialisme est anachronique. Répliqua-t-il vivement. Les médiathèques servent à partager avec nous la culture française, ce qui pourrait nous enrichir plus que nous nuire. Concernant le plan politique, je peux vous dire, à titre d’exemple, qu’un engagement a été pris en faveur de la mise en application de la Déclarationde Bamako sur la démocratie pendant le sommet francophone de Beyrouth, ce qui est une démarche bénéfique à tous les peuples francophones. Donc, je ne vois pas pourquoi vous voyez d’un mauvais œil qu’il y ait une dimension politique à la francophonie. Au contraire, comparée à l’Union Européenne ou à l’OPEP, la francophonie est l’union qui est la moins estampillée d’économie ou de politique. Quelqu’un aurait-il une autre question ? »

Ce fervent adepte de la francophonie m’avait évincé de la discussion. Plusieurs têtes s’étaient retournées vers moi afin de considérer ma réaction mais une seule me captiva, celle de ma belle. Elle me dardait du regard et me lançait un sourire en coin. Autant elle savait très bien que même si j’avais des critiques à porter à l’égard de la francophonie, je n’étais pas contre, autant elle savait qu’elle était la source de ma verve durant ce débat et que tout ce que je faisais, je le faisais pour elle. Elle me fixait de ses yeux bleus et luminescents. Ils étaient aussi beaux que merveilleux. Ses cils étaient comme une couronne radieuse qui dissipait les ténèbres de ma mélancolie. Son regard pouvait communiquer une douce chaleur à mon âme, moirer mes sentiments et incendier mon cœur. La lueur bleue de ses yeux déteignait ma douleur pour me baigner de délectation.

J’avais l’impression, même si je n’avais pas écouté les participations, que les critiques contre la francophonie fusaient de toutes parts. Du reste, les expressions qui s’esquissaient sur le visage de monsieur le conférencier me le confirmaient.

« La francophonie n’est pas contradictoire, ce que vous dites n’est même pas syntaxiquement correct. Vociféra-il. Une Cellule de réflexion stratégique de la Francophonie a été mise en place depuis le mois de février 2007 afin de réfléchir sur des thèmes précis et ainsi mieux orienter le travail de l’Organisation internationale de la Francophonie. Rienn’est parfait, mais tout peut se perfectionner. Je vous accorde qu’il eut des incertitudes durant les débuts de la francophonie, même certains paradoxes. Mais avec le temps la portée et les objectifs de la francophonie se sont éclaircis et cela va en s’améliorant. Je conçois qu’on critique une situation pour l’améliorer mais non pour la condamner. 

_ Critiquer pour améliorer et non pour condamner ! Criai-je »

Je m’étais époumoné en répétant sa phrase. Tout le monde se retourna vers moi avec des regards interrogatifs, y compris la femme que j’aimais. C’était pour elle que je l’avais répétée. L’embarras qui s’ensuivit me décida à sortir de la salle lestement.

J’allumai une cigarette aussitôt que je me trouvai dehors. Je crachais une fumée épaisse et étouffante qui s’envolait en se dissipant peu à peu. Celle-ci m’enveloppait donnant l’illusion que je m’évanouissais dedans. Je voulais remplir l’atmosphère d’une nuée méphitique qui empoisonnerait tout le monde. Ce que je sentais était ineffable.

« Je t’ai reproché beaucoup de choses sans te donner la chance de te corriger. J’avais tort. Me dit une douce voix que je connaissais très bien. »

                                                                                                - Abrougui Mohamed Anis - 

  

      

 

                 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (5)

5. cody bunck Le 12/12/2008 à 14:59

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jack ya a7nayn

4. Anis Le 10/06/2008 à 01:18

Mo5les mon vieux, merci pour ton texte assez ludique je trouve...Smiley
tu as raté une carrière de francisan toi!Smiley
et merci pour vos commentaires et votre soutien!

3. Sana' Le 08/06/2008 à 17:14

J'adore!!! et je suis vraiment surprise que ça n'a pas été primé, mais tu n’as pas besoin d’une prime pour savoir que cet essai est une merveille!! Smiley

2. mokles Le 07/06/2008 à 15:21

el concour mta3i khir :
Il était une fois une princesse très belle. Elle habite dans un palais. Elle s’appelle blanche-neige.
La mère est morte, son père est mariage. La nouvelle mère est très belle et méchante, la reine parle avec son miroir elle fluide le, est ce qu’il y a une femme belle comment la reine. Le miroir repende
-bien sur non.
Blanche-neige devient jolie mais son père est mort. Blanche neige sorte de la château est va a une petite maison, la mère se transforme en une vielle femme est va chez blanche-neige et lui donner une pomme rouge. Blanche-neige mange la pomme est tombe par terre, les sept nains tristes.
Un jour, un prince traverse la forêt avec son cheval, il trouve Blanche-neige très belle. Soudain la princesse ouvre les yeux. Le prince et la princesse vont a la palais de prince pour l’épouser.
SmileySmiley

1. Anis Le 02/06/2008 à 22:19

Ce texte est ma participation à ce concours, bien qu'ayant dépassé les "éliminatoires", il n'a pas été primé. Je le met malgré tout en ligne pour permettre à mes lecteurs fidèles de pouvoir le consulter à volonté et le commenter. merci.
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Dernière mise à jour de cette page le 06/06/2008

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